article de presse_sans retour_gwenola david 2018-02-08T12:15:36+00:00

Sans retour, par Gwenola David

Une danse du déséquilibre

Embarqués dans un vaisseau fantôme perdu dans le désert laiteux d’océans imaginaires, les interprètes bataillent et s’emportent harponnés par les vents contraires du désir qui les entraîne dans une danse du déséquilibre. Cet improbable équipage manipule à vue les éléments de la scénographie et les lumières, sous le regard de François Verret, tel un capitaine ou un chef d’orchestre à son pupitre. Les corps vacillent, se dressent, ploient sous la bourrasque d’impressionnantes souffleries, bouches monstrueuses qui grondent dans la tempête déchaînée des passions et ne relâchent leurs proies humaines que le temps d’une fugitive accalmie.

Portées par la voix grave et envoûtante de Dorothée Munyaneza, chanteuse en exil de son Rwanda natal, les paroles de The fiery Hunt de Charles Olson (1910-1970) inspirés de Moby Dick, tournoient dans les airs comme des lambeaux d’obsédants souvenirs. « Chasse », « haine », « massacre »… hantent la blancheur étale et inscrivent dans la chair leurs déflagrations cruelles. Mathurin Bolze, Mitia Fedotenko, Marta Izquierdo Munoz, Dimitri Jourde, Angela Laurier et Line Tormoen se jettent dans la course, voraces et tourmentés, éprouvant sans répit l’ivresse de l’envol et la fatalité de la chute. Entre énergie furibonde et atonie soudaine, ils traduisent par des états de corps et de nerf l’indicible vertige de leur quête insensée. Ces naufragés dansent au dessus du gouffre des chimères. Sans retour.