Maïdan – Note d’intention 2 (mai 2018)

« Dans un monde où la plupart des gens ont effacé plus ou moins volontairement des pages d’Histoire, certains épisodes de leur vie d’avant, tout ce qui empêche « d’avancer sans se poser de questions », Natalia une jeune femme d’origine inconnue, est violemment hantée par des images du passé.

Avoir des émotions, se souvenir, s’avère dangereux, dit-on. Ce rapport à la mémoire est en place depuis quelques temps maintenant. L’école, la télévision, le cinéma ont tout fait pour effacer les évènements délicats du passé. Mais Natalia n’arrive pas à oublier. Une part d’elle ne peut pas oublier. Elle voudrait pouvoir vivre comme tout le monde. Elle voudrait guérir (!)

D’une certaine manière, elle est un cas clinique précieux : plus personne n’est travaillé par les images-émotions du Passé... le professeur Akermann, experte en neuroscience, se voit attribuer la mission d’observation et d’analyse dans les moindres détails du cas Natalia ; Comment cette femme a résisté au re-conditionnement général de la mémoire collective ?

Comme la plupart des individus, le professeur Akermann n’a plus de mémoire sémantique et épisodique. Plus d’émotion.

Le souvenir le plus fréquemment convoqué dans l’esprit de Natalia est une chanson : un chant populaire d’une époque lointaine dans une langue étrangère.

Au fur et à mesure de l’expérience, les certitudes du professeur Akermann sur sa mission  vont s’effondrer . Des phénomènes inattendus vont se produire dans l’esprit du professeur : l’apparition d’émotions.

Au contact de Natalia, le professeur va ré-éprouver le sensible, ré-apprendre à regarder, écouter…
Des concepts anciens vont réapparaître  au cours de l’expérience : la compassion, le partage de la souffrance, l’empathie.

Le professeur ne sort pas indemne de cette expérience qui le trouble et provoque une mise en doute de sa mission, du dispositif qu’il est censé servir…

Faut-il vraiment effacer ce qu’il nous reste en mémoire ?
Doit-on vraiment oublier pour vivre plus tranquillement ? »

François Verret et Charline Grand, mai 2018

2018-07-03T14:30:45+00:00